7.11.11

Jour 130.

C'est officiel. Il fait nuit à 17h. Nous allons tous sombrer dans la dépression et l'ennui.

Jour 129.

"Hier, j'ai pleuré, allongé sur une table molletonnée." Nouveau roman d'un jeune écrivain français, publié aux éditions 10-18.

Ce n'était pas des larmes de tristesse. Il s'agissait en fait des larmes de joie. De fierté. J'étais allongé là, sur cette table, en train de faire mon tout premier tatouage. Sur le bras. Je fixais les néons au plafond. Et au fur et à mesure que l'aiguille me marquait à vie, je pensais à ce que je faisais. Je pensais à cet aboutissement. Des mois que j'étais arrivé ici, des semaines que je prévoyais ce tatouage avec mon amie Isabell et enfin, le voilà. Gravé sur mon bras. Mais plus qu'un tatouage, il s'agissait surtout d'un choix. J'avais choisi de me le faire. J'avais vécu cette douleur qui se révélait plaisante. Finalement, je faisais ce que j'avais envie de faire. J'étais là où je voulais être. J'étais fier de moi. Fier de voir ce que j'étais en train de devenir. Un jeune homme qui apprend à aimer sa vie. A ne pas penser au lendemain et à apprécier chaque instant. Bien évidemment, de sombres moments ont parsemé mon chemin depuis 4 mois mais en y réfléchissant, que sont finalement des histoires de garçons ou de coup de blues quand on a la possibilité, le pouvoir de faire ce qu'on veut de notre vie?

J'aurai pu très bien appelé ce roman "Le bonheur sourit à celui qui s'en donne les moyens" mais ça faisait trop pompeux. Mais l'idée est là. Aujourd'hui, j'exhibe avec fierté ce dessin sur mon corps. Symbole que tout est possible. Que toutes mes craintes s'effacent peu à peu. Et surtout que je ne suis plus le jeune homme que j'étais en France. La différence n'est pas encore énorme mais elle est là. Alors oui, j'ai pleuré sur la table molletonnée. Mais qu'est ce que ça faisait du bien!


P.s : Pour ceux qui seraient curieux, ce symbole se nomme le triangle Penrose. Il s'agit d'une illusion d'optique, une forme irréelle. Pourquoi ce choix? Certains y voient un simple triangle avant de remarquer la complexité de la chose. Parce que les apparences sont trompeuses. Parce que je ne suis pas simplement ce que les gens voient de moi.

Jours 120-123.

La fête d'Halloween au Canada, c'est un peu les jours fériés de mai en France : tout le monde l'attend et personne ne s'en prive. Et comme toute bonne fête qui se respecte, ça s'organise à l'avance. Alors bien évidemment, les boutiques s'y mettent les premières 2 mois avant. S'ensuivent ensuite les maisons qui se transforment peu à peu en manoirs hantés, cadavres aux fenêtres et zombies dans les jardinets. Les citrouilles envahissent bien évidemment les étales et les vitrines. Et dans tout ça, quand on vous demande si c'est votre premier Halloween, vous répondez gentiment : "Bah en France, Halloween c'est pas vraiment une fête qu'on célèbre. C'est surtout une occasion pour les post-ados des banlieues qui crèvent de faim de récupérer un peu de bonbons et de détériorer quelques voitures ou fenêtres". Vous vous attirez tout de suite les faveurs du questionneur. "Tu vas voir, c'est cool!".

Et d'un coup, vous vous retrouvez embarqué dans les préparatifs de la soirée d'Halloween à laquelle vous allez assister. Découpage de citrouille (on tente d'impressionner et d'innover, alors on se lance dans une découpage en hommage à Bob L'éponge. Résultat douteux). Cuisine à la citrouille (tarte, soupe, biscuits, chips, graines de citrouilles au gros sel, tout y passe. On célèbre la citrouille comme on célèbre la pomme, pour vous dire...). Pour qu'au final, vous vous rendiez compte que la citrouille n'a pas réellement de goût...

Pumpkin Bob

Le jour venu (enfin le 28 octobre au soir parce qu'on va pas fêter Halloween un lundi soir, voyons!), tout le monde met son costume de lumière et sort célébrer les morts. Au palmarès des costumes hors du commun les plus vus cette année, Amy Winehouse en tête suivie de très près par Charlie de "Où est Charlie?". Quelques Schtroumpfs et des Lady Gaga. Et même un gang de cupcakes. La ville entière est déguisée et c'est assez impressionnant de voir le nombre de gens qui assurent le show et jouent le jeu. Alors imaginez une boîte de nuit pleine à craquer de gens déguisés. Magique. Des déguisements farfelus. Des maquillages vraiment sublimes et tout ce peuple qui danse. En résumé, un vrai Halloween! Et on continue la soirée avec les collègues du travail chez un d'eux pour rentrer dormir sur les coups de 4h30.


Mais s'il n'y avait que ça. Une soirée ne suffit pas pour apprécier Halloween. La fête s'invite aussi au travail où il faut venir déguisé (c'est pas une obligation mais pourquoi se priver de s'amuser un peu?!). Et cela jusqu'au 31 octobre. Et c'est la nuit venue que la fête d'Halloween se termine, tous les enfants dans la rue partis à la recherche de sucreries. Des mini-monstres et mini princesses accompagnés de leur parents. Un joli tableau nord-américain. Petit point négatif : Halloween c'est un peu comme les jours fériés de mai en France sauf qu'ici, le 1er novembre n'est pas férié. Triste, non?

La magie des lanternes au jardin botanique.

 Chaque année, la Chine s'invite et investit pendant un peu plus d'un mois le jardin botanique de Montréal. Un très joli spectacle de lanternes.


 



Tradition et Modernité.

24.10.11

Jour 114.

Les zombies ont envahi la ville! Une vague de monstres sanguinolents a déferlé dans les rues de Montréal. Les journaux télé ont relayé l’information et les rues sont devenues chaotiques. Les personnes encore vivantes ont assistés impuissantes au retour à la vie de milliers de cadavres. L'horreur régnait.

Malheureusement, moi je travaillais. J'avais même pas Poney. Je travaillais. C'est pire. Mais j'ai assisté à cette marche de morts-vivant derrière mon bar. A travers les baies vitrées. Il s'agissait de la Zombie Walk de Montréal. Un grand rassemblement d'adeptes de films d'horreurs qui se sont, pour l'occasion, déguisés et surtout maquillés. Du vrai spectacle assez effrayant. Et à 18h, le rendez-vous était donné au Club Soda, salle de concert où étaient diffusés toute la soirée une succession de courts-métrages de zombie et de choses trash. Du pur divertissement pour fan de trucs dégoutant. Avec en prime, la possibilité de voir les meilleurs costumes de la marche. Et constater qu'on ne rigole pas avec son costume de zombie.

Concours du meilleur costume.

Yohane et son ami le Papa Noël.

Geneviève était aussi de la partie.

Jour 113.

Rêver d'aventures et découvrir le monde qui m'entoure. Voilà pourquoi je suis venu ici. Peut-être sur un coup de tête. Peut-être sans réfléchir. Mais j'y suis et je compte bien en profiter. Pour la peine, le caribou que je suis s'exilera aux États-Unis pendant 2 semaines début janvier.

- Première étape (la plus importante) : San Francisco (CA), en duo avec Isabell. La ville et ses alentours, Sacramento, le lac Tahoe d'une extrême beauté et le parc national de Yosemite pour revenir à SF.

- Deuxième étape : Los Angeles (CA) en solo. 2 jours pour découvrir la ville, ça va être court.

- Troisième étape : Denver (CO) pour rejoindre mon ami Jeff. Après 3 ans de chat sur internet, il serait peut-être temps de se rencontrer.

Rentrer directement à Montréal? Rentrer par Toronto? Je ne sais pas encore mais avec l'idée de partir en Nouvelle-Orléans (LA) avec Yohane pour les vacances de Pâques, il est indéniable que l'année 2012 sera placée sous le signe du voyage. Tant mieux, j'ai commencé à me préparer pour !


17.10.11

Jour 104.

Célébrer la pomme, c'est assez conceptuel mais c'est possible. Comment faire? C'est plutôt simple :

- On commence par se lever à 7 heures du matin.

Alors il est vrai que c'est assez dur un jour off. Vous avez enchainé les services et malgré votre jour off de la veille, vous n'avez pas vraiment récupéré. Mais ne vous inquiétez pas, la pomme se moque de savoir que vous ressemblez à un cadavre revenu à la vie. La pomme vous aime tel que vous êtes. On se dirige donc vers le métro, direction le centre ville pour louer une voiture. La pomme se savoure à plusieurs. Avec de gentilles collègues de travail françaises par exemple. A 3, comptez, avec l'essence, environ 20$CA par personne. Autant vous dire que la pomme ne coûte pas très cher en transport.

- Ensuite on roule pendant à peu près 40 minutes pour arriver dans une petite ville au doux nom de Rougemont.



Vous vous demanderez pourquoi ce nom. Question en somme accessoire. Mais intéressante. Et vous aurez la réponse en arrivant sur place. Le cadre est magique. Le véritable Canada. La montagne que vous distinguez au loin est recouverte d'arbres aux couleurs de l'automne. Le rouge surplombe tout le décor. Et au milieu de tout cela se trouve une Abbaye. Première étape de votre journée en hommage à la pomme. Il s'agit en fait d'un verger où vous pourrez cueillir plusieurs sortes de pommes, pour la modique somme de 10$CA le sac plastique de 10kg. Tel un pelerinage, vous déambulerez dans les allées, à la recherche des dernières pommes de la saison. La pomme se fait rare début octobre. Des échelles seront là pour vous aider. Ça vous rappellera la maison de campagne de vos grands parents. Vous vous surprendrez même à courir comme un enfant. L'air pur. Vous croquerez toutes les pommes que vous croiserez. La nature goûte bon et la pomme se savoure à l'état brut. Mais attention à l'excès. La pomme laxative un peu. Un chouïa.



- Et puis dans la lancée, on ne s'arrête pas là et on part direction la cidrerie la plus proche.


 Enfin celle indiquée dans le fascicule sur la province qui dit "visite et dégustation". La pomme se goûte aussi gratuitement. Vous apprendrez à confectionner du cidre (rien de plus simple, croyez moi...........) et vous vous frotterez les mains, la dégustation venue. Cidre pétillant. Cidre mousseux. Cidre tranquille (qui s'apparente à du vin. De pommes.). A ce moment là, vous vous sentirez un peu fébrile. Tâchez de ne pas rire trop fort tout de même. Puis enfin, cidre de glace et liqueur de pomme. Quoi de mieux pour célébrer le fruit défendu que de lui porter un toast. Avec modération. Préparez quand même un peu de monnaie parce que la pomme se savoure aussi chez soi et devant tant de bouteilles, vous allez avoir du mal à vous retenir. Au passage, le cidre de glace, spécialité québecoise est un petit délice.

- Et si on allait manger pour tenter de décuver un peu tout cet alcool ? D'accord mais uniquement s'il y a en dessert, de la tarte aux pommes caramélisées ! Mais après tout ça, une pause s'impose. On met de côté la célébration, le temps de visiter le petit patelin. Et d'acheter des savons. Pourquoi pas. Et des gâteaux aux pommes. La pause n'aura finalement pas duré longtemps. La pomme vous possède. A un tel point que vous serez contents de vous retrouver l'arrière train posé sur les sièges de votre voiture. Car la journée champêtre est (enfin) terminée. Vous serez ravis mais épuisés. Et il faut rentrer, votre véhicule regorgeant de pommes dans tous les sens.

- Mais on ne célèbre pas la pomme sans lui rendre un dernier hommage autour d'un repas en compagnie d'amis. Et c'est aussi une bonne occasion pour fêter Thanksgiving. En retard mais personne ne vous en voudra pour 3 petits jours. Vous rentrerez de votre journée sur les rotules mais vous repartirez de sitôt faire des courses car vous avez bien évidemment prévu de servir en dessert à vos convives... une tarte aux pommes. Quelle surprise! Vous passerez une charmante soirée. Vos tartes faites avec amour et aux allures d'American Pie seront saluées et vous irez vous coucher d'épuisement. Attention quand même de ne pas tomber les pommes...


(Cette blague de fin est sponsorisée par les gels douche Le Petit Marseillais.)

P.S : S'il y a des gens qui sont intéressés, il me reste encore 8 kilos de pommes dans ma cuisine. La pomme s'offre aussi.

P.S 2 : Vu qu'on parle de pommes, petite pensée pour Steve Jobs. Encore une. La dernière. Promis.

14.10.11

Quelques mots.

Le bonheur, c'est comme remonter une rue,
Un café au lait à la main,
A la fin de sa journée.
C'est se balader à vélo dans un parc,
Se sentir comme un ange qui vole
Vite, que rien n'arrête.
C'est se mettre à pleurer en public,
Car vous entendez une douce musique
Un air qui vous parle.
Le bonheur, c'est finalement se sentir libre,
Pas chez soi, mais pas perdu.
Pas rêveur mais pas sur Terre.
Pas ici et pas ailleurs.
Le bonheur.

11.10.11

Jour 103.

Quand vous partez à l'étranger, il y a une notion qui revient régulièrement. La famille. "Ma famille me manque". C'est immanquable. Cette phrase, vous l'entendrez souvent. Vous rappelant que vous en avez une aussi. Une qui se trouve à des milliers de kilomètres. Une phrase qui a tendance à plus vous déprimer que vous réconforter.

Dans ce cas là, pour palier la distance, chaque personne va avoir le même réflexe : se recréer une famille. Tout est propice à s'en créer une. Pour preuve, dans ma situation, il m'est déjà possible d'identifier 3 familles différentes auxquelles j'appartiens. Je ne pourrais cependant pas vous dire quel rôle je joue dans chacune d'elle (probablement le fils un peu dérangé et rigolo. Enfin le même rôle que dans ma vraie famille. Le karma.).

Il y a tout d'abord la famille la plus proche, celle qui correspond à la définition propre et stricte du terme : les personnes avec qui vous vivez. Mes colocataires dans mon cas. Bien évidemment, partager le même papier toilette et les tâches ménagères, ça crée des liens. Alors vous tâchez de les entretenir. Vous vous levez quand vous entendez l'un d'eux rentrer. Proposez d'aller boire un verre, voir un concert. Tenez, justement, c'était Thanksgiving il y a 2 jours. Alors on organise un dîner "à la maison" demain. Dinde... enfin poulet. Pommes de terre. Courges. Sauce aux airelles. Je pense qu'on va se régaler. En compagnie de deux-trois amis supplémentaires, on fêtera l'Action de Grâce. Comme une véritable petite famille, finalement. Une famille dans laquelle vous avez un peu atterri par hasard.

Viennent ensuite les amis qui représentent votre famille de cœur. Vous passez votre temps libre avec. Vous partagez les bons et les mauvais moments. Surtout les bons en fait. Enfin on essaye de limiter les mauvais. Cette famille est celle qui vous console le plus car vous vivez vos aventures et expériences avec elle. Elle vit ce que vous vivez. L'assimilation est telle que vous vous reposez presque entièrement sur celle-ci. Vous en avez besoin et pourtant, il peut vous arriver de ne plus en vouloir. Comme votre véritable famille. Qui n'en a jamais eu marre de sa propre famille? Cette famille est en résumé, votre pilier. Votre base. C'est elle qui vous a accueilli. Parallèlement, cette famille-ci vous rappelle vos amis laissés dans votre pays d'origine. Vos parents vous manquent. Maintenant vos amis vous manquent. Si vous continuez dans cet état d'esprit, vous ne passerez jamais l'hiver entier. Mais que voulez-vous, c'est humain de se souvenir. Mais heureusement que cette famille de cœur est là. Une famille dans laquelle vous vous sentez bien, en sécurité.

Mais si on part du principe qu'une famille est symbolisée par un regroupement de personnes liées par un ou plusieurs points communs, des milliers de possibilités s'offrent à vous. Et vous avez la surprise d'en voir une se former au sein de votre travail. Vous savez, le fameux job que vous avez obtenu en à peine 20 minutes. Celui où vous travaillez depuis 1 mois. Plus le temps passe, et plus vous vous rapprochez de vos collègues. Comme pour le papier toilette. Mais là, on parle de machine à café et de clients désagréables. C'est en somme la même chose. Et puis un jour, vous vous rendez compte que ces personnes, celles avec qui vous travaillez, vous ont intégré au sein de leur groupe. Ce n'est pas encore total mais la machine est lancée. Facebook en est la première étape. On vous apprécie. Vous en êtes désormais conscient et ça fait quand même énormément plaisir. Vous qui pensiez que la différence de culture vous empêcherait de vous lier d'amitié avec des locaux. On vous a même trouvé un surnom, c'est pour dire. Il y a certes certaines personnes que vous appréciez plus que d'autres, mais vous vous dites que c'est la même que votre cousin Jean-Roger, que vous voyez à Noël, tous les 4 ans et encore, quand il n'a pas poney avec la demi-soeur de la tante par alliance de celui-ci. Mais le plus important c'est qu'au fond, tout cela vous plait. Une famille dans laquelle vous œuvrez et que vous appréciez le temps qu'elle dure.

Et puis tout en écrivant ces lignes, j'apprends qu'un de mes amis, connu via Twitter, est dans une passe difficile. Peine de cœur. Je fais de mon mieux pour le consoler, lui expliquant que nous, twitteux, sommes tous derrière lui. Et je me rends compte que finalement, Twitter aussi est une famille. Virtuelle au premier abord. Comprenant de nombreuses personnes qui communiquent entre elles, qui se serrent les coudes pendant les coups durs et qui discutent du beau temps, de la mort d'untel ou de la sortie du dernière album d'unetelle. Des points communs. Vous n'avez pas rencontré la totalité de ces personnes et pourtant vous partagez et avez de l'empathie pour eux. Vous vous l'êtes créée et vous lui racontez tout. Une famille que vous avez créée à votre image.

Alors le jour où vous vous sentirez seul, regardez autour de vous. Il y aura toujours un petit coin de ciel bleu, toujours quelqu'un pour vous tendre la main. Même à l'autre bout du monde.

Jour 101.

Retour en centre ville. Cela faisait des lustres que je n'y étais pas retourné. Une bouffée d'air pollué, de buildings et de boutiques. La vie, en somme. Avec son petit lot de surprises. Il devait y avoir un regroupement de vieilles voitures. Je ne vois que cette explication.

R.I.P Steve Jobs.



Les première couleurs d'automne.



26.9.11

Jour 88.

Joyeux Anniversaire moi-même. 25 printemps comme ils disent.

Comme il est convenu pour ce genre d'événement, j'ai eu droit à une pléiade de messages Facebook, SMS et autres coups de téléphone de ma famille et amis. Étrange comment on a l'impression que chaque année il y en a toujours plus ! Mais cette année, la différence était le décalage horaire. Parce que oui, avec 6 heures de moins qu'en temps normal, vous souhaiter un joyeux anniversaire à l'oral relève du parcours du combattant

- Premier coup de téléphone : ma mère. Il était 4h du matin. Je dormais.
- Deuxième coup de téléphone : mon frère. Il était 6h du matin. Je dormais. Encore. Enfin, je me suis réveillé. Pour éteindre mon téléphone...
- Troisième coup de téléphone : ma mère. Il était 11h30. Je travaillais. Frustré de sentir mon téléphone sonner dans ma poche.

Finalement, quand j'ai enfin réussi à avoir mes parents au téléphone, j'ai appris que ça leur faisait bizarre de fêter mon anniversaire sans moi. A eux. Ça leur faisait bizarre, à eux. Et moi alors, qu'est ce que je devrais dire ? Moi aussi, ça me fait bizarre.

Du plus loin que je m'en souvienne, mon anniversaire est toujours tombé à de mauvais moments. Pendant plusieurs années, j'accumulais les week-ends où mes parents avaient des compétitions de golf. Sinon ça tombait en semaine où bien évidemment il était difficile d'organiser un dîner de famille. Mais ça, c'est pareil pour tout le monde. Enfin je crois. Et cette année, j'innove et je passe mon premier anniversaire à 5500km de tout le monde. Seul. Enfin pas vraiment. Mes amies allemandes I., F. et K. sont venues me voir à l'appartement. Une superbe écharpe American Apparel dans un sac, une tarte aux pommes et une carte de M. parti il y a 2 semaines. Une bonne petite soirée pour me faire oublier que je suis loin de tout le monde en ce jour de celebration.


Mais finalement, je me dis que ce n'est pas très grave. Finalement, 25 ans, ce n'est pas si différent de 24. Finalement, mon plus beau cadeau d'anniversaire c'est peut-être d'être où je suis en ce moment. C'est peut-être de me dire que j'ai réussi à accomplir ce que je voulais faire. Finalement. On verra l'année prochaine pour commencer à déprimer et se dire que c'est le début de la fin.


25.9.11

Jour 87.

Après 2 semaines de silence, je tiens à rassurer tout le monde sur mon état : je suis toujours vivant et je vais bien !

2 semaines, cela correspondant précisément au début de ma nouvelle carrière dans la restaurant. Je plaisante quand je parle de carrière. Bien évidemment......... J'ai donc commencé le job que j'avais obtenu en 20 minutes top chrono. Pas de contrat ici. Il s'agit presque d'un accord oral : tu viens, on te paye. Payé à peu près au smic horaire local + 4% du chiffre du service en pourboire. Par rapport au poste, rien de "bien compliqué": préparer les boissons, dresser les desserts et faire les commandes à emporter. Dis comme ça, cela peut paraître facile. Mais la formation de 3 jours n'est pas superflue, tant il y a de boissons différentes. Les cafés, les chocolats, les milkshakes, les smoothies et je ne vous parle pas des chocolats et des cafés alcoolisés. Le tout étant répertorié dans un classeur d'une cinquantaine de pages plastifiées. Le mot d'ordre : si tu as un doute, regarde dans le classeur car tout y est expliqué. Deuxième mot d'ordre : si tu as toujours un doute, demande, mais c'est quand même mieux si tu te démerde tout seul. Je plaisante. Encore.

Le problème avec le classeur, c'est que tu n'as pas forcément le temps de le regarder quand on te balance ta commande :

" 2 americano
+ 1 petit café au lait
+ 1 brownie fleur de sel
+ 1 smoothie choco-fruit banane
+ 1 medley nappé caramel glace noisette."

Quand on voit une commande comme celle-ci et que c'est notre premier voire deuxième jour, on se crispe. Pire, on se fige et on se dit qu'on y arrivera jamais. Parce qu'il faut quand même apprendre les mesures, le but étant de ne plus ouvrir le classeur. Alors on pratique. On lit le classeur et on repratique. On essaye de se créer des moyens mnémotechnique.

- le chocolat liégeois : liégois = lait = décoration lait + chocolat chaud noir + boule de glace
- le chocolat viennois : viennois = noir = décoration noir + chocolat chaud lait + crème fouétée.

Et aujourd'hui, au bout de 2 semaines, je pense être capable de faire une grosse partie des boissons et la totalités des desserts. Je peux aussi dire que je suis très capable de finir les restes! Parce que même en respectant les doses, c'est fou tout ce qu'on garde sur les bras. Et ce serait vraiment dommage de jeter, n'est-ce pas ?

En 2 semaines, j'ai vécu différents services. Journée. Soir. Week-end ou semaine. Bien évidemment, les services ou shifts de soir de week-end sont plus intenses et plus longs. Et je peux vous dire que par intense, j'entends vraiment intense. Le restaurant fermant en théorie à minuit le vendredi et samedi soir, il accueille en fait des clients jusqu'à minuit. Rajoutez à cela le temps de faire leurs commandes, le temps qu'eux, discutent, se racontent des blagues pendant que vous, vous êtes exténués, vous faites le ménage avec une énorme envie de rentrer et vous voyez votre shift se terminer à 2 heures du matin. Dans ces moments-là, vous vous demandez vraiment ce que vous foutez là. Mais au final, le travail est sympa. L'énergie des services de soir est assez prenante. Mais c'est surtout le reste de l'équipe qui rend la tâche moine ardue. Comme une petite famille dans le même bateau. J'ai même eu la chance de me trouver une coéquipière de galère anglophone avec qui je perfectionne mon anglais à chaque fois que nous travaillons ensemble. Plus les nombreux clients étrangers que nous avons. Une vraie bonne façon de pratiquer mon anglais. J'adore.

Et en 2 semaines, j'ai surtout eu mon premier virement bancaire sur mon compte québécois. Petite joie d'aller retirer de l'argent avec ma merveilleuse carte de débit. Moins petite joie quand le retrait de 225$CA pour finir de payer le loyer du mois correspond à 95% de la première paye. Heureusement, les tips reçus presque tous les jours me permettent en fait de payer mes petites dépenses sans avoir à utiliser mes cartes de crédit/débit. Le système fonctionne plutôt bien en fait. Enfin, me convient plutôt bien devrais-je dire. Aurais-je trouvé la solution à mes problèmes d'achats compulsifs ? J'ai quand même encore des doutes là dessus...

15.9.11

Jour 77.

Venir vivre dans un pays étranger, seul, est un risque. Un risque de ne pas aimer. Un risque de déconner. Un risque de s'oublier. Mais c'est aussi un risque de perdre des gens. Un risque auquel on ne pense pas assez.

En un an vous allez forcément rencontrer des gens. Des personnes qui vont au fur et à mesure devenir vos amis. Votre soutien. Votre "famille". Des gens avec qui vous allez tout partager, les bons comme les mauvais moments. A chaque nouvelle étape, ils sont là pour vous aider à avancer. Ils représentent une partie de votre voyage. Mais étant de passage, vous ne pensez jamais que d'autres, eux aussi, le sont tout autant. Vous profitez de ces instants. Les journées se suivent mais vous oubliez l'inévitable : un jour, certaines personnes de votre "famille", des amis qui vous sont chers, vont devoir partir. Retourner à leurs anciennes vies où foyer, amis et amours les attendent. Tout simplement vous laisser. Et vous faites face au risque. Ce risque dont vous n'aviez pas idée, vous revient en pleine figure. Mais à cette étape, ce n'est plus un risque. En effet, vous ne pouvez plus rien faire. Vous ne pouvez pas intervenir. Vous êtes impuissant et vous subissez cette situation. Alors bien sûr, vous faites bonne figure en échangeant des "on se reverra". Oui, vous allez vous revoir. Vous allez tout faire pour. Mais en attendant, vous vous sentez comme brisé. Déjà fragilisé du fait que vous êtes loin de tout, le moindre départ ébranle tout ce que vous avez essayé de construire. Un(e) simple ami(e) peut faire de grands ravages. Et vous vous demandez comment va se passer l'"après départ". Par chance, vous avez trouvé un emploi qui va vous permettre de vous concentrer, de vous changer les idées. Vous vous dites que vous vous focaliserez sur ça pour éviter de trop penser. Enfin, vous savez pertinemment que ça ne fera que masquer le problème.

Mais le plus dur sera de faire face à ce que vous ressentez. Troublant. Vous serez partagé entre un sentiment de joie, de jalousie, de tristesse et de colère. Joie pour votre ami(e) qui retrouvera ses proches, toutes ces personnes qui lui ont manquées pendant un an. Jalousie envers ces dernières qui vont avoir la chance de profiter de cet(te) ami(e) qui vous est cher(e). La perte engendrera évidement de la tristesse et la colère de ne pouvoir rien faire se fera sentir. Gérer tant d'émotions d'un coup est assez dérangeant. Vous n'êtes pas égoïste. Simplement humain. "On se rend compte de l'importance d'une chose quand lorsqu'on la perd". Ce risque en pleine figure.

En y réfléchissant, la vie n'est qu'un risque. A tout moment, vous prenez des risques. Mais comme ils disent, "c'est ce qui rend la vie intéressante!". Oui. Pour peu qu'on y soit préparé.

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Mon ami M. part demain et j'ai beaucoup de mal à le vivre. Un mois que je le connais et j'ai l'impression que cela fait des années. Il y a tellement de choses qu'il faudrait que je vous raconte : mes débuts de nouveau salarié québécois, ce cours de danse Ragga-Dancehall avec Y. mais je ne pense qu'à demain. Tout le temps. Ces aurevoirs à l'aéroport. Ces coups de fil qu'on ne passera plus. Ces rires qui ne se feront plus entendre. Un ami que je vais devoir laisser partir. Avec une impression de déjà vu. Cette sensation que la distance m'a rendu plus émotif. Je déteste ça.